Acte européen sur l’accessibilité et droit français

Accessibilité : ce qu’une boutique en ligne doit faire

Depuis le 28 juin 2025, une boutique qui vend en ligne à des particuliers doit rendre son site accessible et publier des informations qui expliquent comment, dans ses CGV ou un document équivalent (code de la consommation, art. L. 412-13 et D. 412-57). Les microentreprises qui fournissent des services en sont dispensées : moins de 10 personnes, et un chiffre d’affaires annuel ou un total du bilan d’au plus 2 millions d’euros. Ne pas établir ou ne pas publier ces informations est puni de l’amende des contraventions de 5e classe, soit 1 500 € au plus pour une personne physique et 7 500 € pour une société. Au-delà de 250 millions d’euros de chiffre d’affaires moyen en France, l’article 47 de la loi de 2005 s’ajoute.

Êtes-vous concerné ? Quatre questions

  1. Vendez-vous à des particuliers, sur un site ou une application ?

    Non : les règles du commerce électronique ne vous visent pas. Elles portent sur les services fournis « à la demande individuelle d’un consommateur en vue de conclure un contrat avec un consommateur » (directive (UE) 2019/882, art. 3, point 30). Oui : passez à la question 2.

  2. Êtes-vous une microentreprise ?

    Moins de 10 personnes, et chiffre d’affaires annuel ou total du bilan d’au plus 2 M€ : vous êtes dispensé des exigences d’accessibilité pour vos services et de toutes les obligations liées (art. L. 412-13, I). Le décret n° 2026-883 du 23 septembre 2026 a inscrit cette définition à l’article D. 412-50-1, par renvoi à la directive. Sinon, les obligations décrites plus bas s’appliquent.

  3. Votre chiffre d’affaires moyen en France dépasse-t-il 250 M€ ?

    La moyenne se calcule sur les trois derniers exercices clos (décret n° 2019-768, art. 2). Si oui, l’article 47 de la loi n° 2005-102 ajoute la déclaration d’accessibilité au format RGAA, un schéma pluriannuel et une mention en page d’accueil.

  4. Vendez-vous des produits de la liste ?

    Ordinateurs et systèmes d’exploitation grand public, terminaux de paiement, équipements terminaux grand public pour les communications électroniques ou l’accès aux médias audiovisuels, liseuses numériques (art. D. 412-49). Pour ces produits, vous êtes distributeur, avec les obligations de l’article D. 412-54. L’exemption des microentreprises ne vaut que pour les services.

Le questionnaire du générateur gratuit pose ces questions et affiche une indication à partir de vos réponses.

Ce que le site doit respecter

Les exigences sont fixées par l’arrêté du 9 octobre 2023. Pour les services de commerce électronique, son article 9 (5°) demande :

  • a) de fournir les informations relatives à l’accessibilité des produits et services mis en vente, lorsque l’opérateur économique responsable les fournit ;
  • b) de rendre perceptibles, utilisables, compréhensibles et robustes les fonctions d’identification, de sécurité et de paiement fournies dans le cadre du service ;
  • c) de fournir des méthodes d’identification, des signatures électroniques et des services de paiement qui le soient aussi.

Ces quatre adjectifs sont les principes des WCAG. Aucune norme harmonisée n’est encore publiée pour la directive 2019/882 : sur la liste de la Commission européenne consultée le 17 octobre 2026, la rubrique « Accessibility » ne contient que celle des sites du secteur public (directive 2016/2102). Il n’y a donc pas de présomption de conformité. Pour tester, la norme EN 301 549 V3.2.1, qui reprend les WCAG 2.1 niveau AA, et le RGAA 4.1.2 servent de référence.

Les contenus qui ne sont pas soumis

L’article D. 412-50, III exclut cinq catégories de contenus des sites et applications :

  • les médias temporels préenregistrés (vidéos, sons) publiés avant le 28 juin 2025 ;
  • les fichiers bureautiques publiés avant le 28 juin 2025 ;
  • les cartes et services de cartographie en ligne, si les informations essentielles des cartes de navigation sont fournies sous une forme numérique accessible ;
  • les contenus de tiers ni financés, ni développés, ni contrôlés par vous, comme des avis clients non modérés ;
  • les archives, c’est-à-dire les contenus qui ne sont ni actualisés ni modifiés après le 28 juin 2025.

Une fiche produit, un panier ou une page de paiement ne relèvent d’aucune de ces catégories.

Ce qu’il faut publier, et où

DocumentQuiOùContenu
Informations sur l’accessibilité du serviceToute boutique qui vend à des particuliers, sauf microentrepriseCGV ou document équivalent ; forme écrite et orale, accessible ; conservées tant que le service est proposéDescription générale, fonctionnement, manière dont les exigences sont remplies, suivi de la conformité (annexe de l’art. D. 412-57)
Déclaration d’accessibilité (format RGAA)Entreprises de plus de 250 M€ et secteur publicPage « Accessibilité » accessible depuis toutes les pagesModèle obligatoire de la DINUM : état de conformité, contenus non accessibles, contact, recours
Schéma pluriannuel et plan d’action de l’annéeMêmes organismesPage « Accessibilité », ou lien depuis celle-ciDurée de trois ans au plus, décliné en plans annuels (art. 47, III)
Mention « Accessibilité : … conforme »Mêmes organismesPage d’accueilTotalement, partiellement ou non conforme

Les informations du code de la consommation ne demandent ni état de conformité ni pourcentage. Notre générateur produit les deux documents ; le format RGAA est commenté, avec un exemple rempli, sur la page Modèle de déclaration d’accessibilité.

Les autres obligations du prestataire

L’article D. 412-57 ajoute des procédures pour que le service reste conforme quand il évolue (3°). En cas de non-conformité, il faut prendre les mesures correctives et en informer immédiatement les autorités de contrôle des États où le service est fourni (4°). Sur demande motivée de ces autorités, vous leur communiquez les informations qui démontrent la conformité et coopérez avec elles (5°).

La charge disproportionnée

Une exigence peut être écartée si elle impose une charge disproportionnée ou une modification fondamentale du service (art. L. 412-13, II). Il faut alors une évaluation fondée sur les critères de l’annexe de l’article D. 412-60 : coûts nets de la mise en conformité rapportés aux coûts totaux et au chiffre d’affaires, avantage estimé pour les personnes handicapées. Les éléments sont conservés cinq ans. Une entreprise qui reçoit un financement extérieur pour améliorer l’accessibilité d’un service ne peut pas invoquer la charge disproportionnée pour ce service.

Les dates à retenir

  • 28 juin 2025

    Les règles s’appliquent aux services fournis après cette date (loi n° 2023-171, art. 16, VIII, A).

  • 28 juin 2030

    Fin de la période transitoire. Les contrats de services conclus avant le 28 juin 2025 peuvent s’appliquer sans modification jusqu’à leur terme, au plus tard à cette date (VIII, C). Les produits utilisés légalement avant le 28 juin 2025 pour fournir le service peuvent l’être jusqu’au 28 juin 2030 (VIII, B). Un site marchand n’est pas un contrat conclu avant 2025 : ses nouvelles ventes relèvent des règles actuelles.

  • 25 septembre 2026

    Entrée en vigueur du décret n° 2026-883, qui définit la microentreprise par renvoi à la directive et oblige les autorités à transmettre certains documents aux consommateurs dans un format accessible.

  • Fin 2026

    Publication annoncée du RGAA 5 par la DINUM. Pour les organismes de l’article 47, la déclaration sera à mettre à jour dans les 18 mois.

Contrôles et sanctions

Les agents de la DGCCRF recherchent et constatent les manquements à l’article L. 412-13. Pour certains secteurs, d’autres autorités sont aussi habilitées : l’Arcep pour les communications électroniques, l’Arcom pour l’accès aux médias audiovisuels, l’ACPR, l’AMF et la Banque de France pour la banque (code de la consommation, art. L. 511-25-1, créé par la loi n° 2023-171).

Pour une boutique, l’article R. 451-4, 10° punit de l’amende des contraventions de 5e classe le fait de fournir un service qui ne respecte pas les exigences, de ne pas établir, publier ou conserver les informations d’accessibilité, de ne pas informer les autorités d’une non-conformité, ou de ne pas leur communiquer les documents demandés. Le maximum est de 1 500 € pour une personne physique (code pénal, art. 131-13) et de 7 500 € pour une personne morale, soit le quintuple (art. 131-41). La récidive est réprimée plus lourdement (art. R. 451-4, II).

Pour une entreprise de plus de 250 M€, l’Arcom contrôle la déclaration, le schéma pluriannuel et la mention en page d’accueil. Elle met en demeure et rend la mise en demeure publique ; sans mise en conformité, elle peut prononcer une sanction jusqu’à 25 000 €, puis une nouvelle si le manquement dure six mois de plus (loi n° 2005-102, art. 47-1). Le plafond de 50 000 € du même article vise le défaut d’accessibilité des organismes publics et assimilés. Les anciennes amendes de l’article 8 du décret n° 2019-768 ont été abrogées par le décret n° 2026-816 du 24 août 2026.

Les montants cités sur certains sites varient. Ceux de cette page sont ceux des textes, liés ci-dessus.

Par où commencer

  1. Vérifiez si vous êtes concerné avec les quatre questions ci-dessus, ou avec le questionnaire du générateur.

  2. Repérez les défauts de vos pages clés, parcours d’achat en premier : accueil, liste et fiche produit, panier, livraison, paiement, compte client. Gratuitement avec la grille en 20 points et le mini-test, ou en faisant analyser 20 pages par notre audit automatisé (149,00 € net, TVA non applicable, art. 293 B du CGI, entreprises immatriculées en France).

    Faire analyser 20 pages – 149 € net

  3. Corrigez d’abord ce qui bloque un achat : un bouton sans nom, un champ sans étiquette, un paiement impossible au clavier.

  4. Rédigez les informations d’accessibilité avec le générateur, publiez-les dans vos CGV ou sur une page « Accessibilité » liée depuis le pied de page, et mettez-les à jour à chaque évolution du site.

  5. Si l’article 47 vous concerne, faites réaliser un audit RGAA complet pour la déclaration. Les trois niveaux d’audit et leurs limites sont comparés sur la page Prix d’un audit d’accessibilité.

Questions fréquentes

Je vends aussi aux professionnels : suis-je concerné ?

Oui pour la partie du service ouverte aux particuliers. Selon notre lecture de la directive (art. 3, point 30), un site réservé aux professionnels, sur lequel un consommateur ne peut pas commander, n’entre pas dans la définition du commerce électronique.

Ma plateforme (Shopify, PrestaShop, WooCommerce) me met-elle en conformité ?

Pas d’elle-même. Le prestataire du service, c’est vous : l’exigence porte sur le site tel qu’il est publié, avec votre thème, vos contenus, vos applications et votre page de paiement (art. D. 412-57, 1°). Un thème accessible aide, il ne suffit pas à le prouver.

Un widget d’accessibilité suffit-il ?

Selon nous, non. Les exigences portent sur le service lui-même : pages, formulaires, paiement. Un module ajouté par-dessus ne corrige pas une étiquette absente dans le code du formulaire de commande.

Une microentreprise doit-elle publier quelque chose ?

Non pour ses services : la dispense couvre les exigences d’accessibilité « et toutes les obligations qui y sont liées » (art. L. 412-13, I). Publier volontairement une page « Accessibilité » reste utile à vos clients.

Sources

Textes officiels consultés le 17 octobre 2026. En cas de doute, seul le texte publié fait foi.

Les textes sont aussi résumés, avec les versions allemande et européenne, sur la page Obligations et sources.